Le plongeon de la statue d’Edward Colston fait des vagues

Retour sur ce qui a mené les manifestants de Bristol à faire plonger la statue, ainsi que ses vagues qui se font ressentir aux quatre coins du globe.


Les manifestations contre le racisme et la brutalité policière ont éclaté aux quatre coins de la planète depuis la mort de George Floyd, asphyxié sous le genou d’un policier aux États-Unis. À Bristol, au Royaume-Uni, les manifestants en ont profité pour mettre fin à une saga qui durait depuis des années. Au coeur de cette saga, la statue d’Edward Colston, un homme ayant financé plusieurs institutions de la ville, mais qui traîne un passé de marchand d’esclaves.

Les manifestants ont entouré puis fait tomber le monument de bronze à l’aide de cordes. Ils l’ont ensuite roulé jusqu’à la rivière Avon, où ils l’ont jeté à l’eau. La statue devrait éventuellement être sortie de la rivière et se retrouver dans un musée selon le maire de Bristol, Martin Rees, bien que ce ne soit pas sa priorité pour le moment.

Mais pourquoi les manifestants ont-ils décidé de prendre les choses en main? Qui était Edward Colston? Pourquoi y a-t-il tant de monuments portant son nom à Bristol?

 

Une figure qui divise la ville

Né le 2 novembre 1636 à Bristol d’une famille de marchands, Edward Colston exercera le même métier que ses parents pendant toute sa vie. Il sera également politicien pendant une courte période. C’est son œuvre philanthropique, notamment auprès d’écoles, d’asiles et de l’Église, qui fait en sorte que son nom figure à plusieurs édifices dans sa ville natale. Ses œuvres caritatives exercent toujours une influence, encore aujourd’hui.

Ce sont ses années passées dans l’administration de la Royal African Company qui posent problème. C’est qu’il fut très impliqué dans la traite des esclaves Noirs, Cette activité serait responsable d’une bonne partie de sa fortune. On dit qu’il aurait ainsi été impliqué dans le transport de 80 000 Africains vers les Amériques. Sa statue de bronze érigée en 1895 ainsi que les autres endroits où son nom figure dans la ville sont sujets de débat depuis longtemps. Voyons l’évolution de cette polémique dans les dernières années.

 

2014         

  • Un sondage dans le Bristol Post convient que 44% des 1100 répondants croient que la statue devrait être retirée

2017         

  • La salle de spectacle Colston Hall s’engage à changer de nom avant sa réouverture en 2020
  • Une pétition visant à préserver le nom Colston Hall amasse 5000 signatures
  • La Colston’s Girls’ School refuse de changer de nom
  • La Colston’s Primary School s’engage à changer de nom
  • Le député de Bristol, Thangam Debbonaire, plaide pour le retrait de la statue

2018         

  • Un portrait d’Edward Colston est retiré du bureau du maire de Bristol

2019         

  • La modification de la plaque historique de la statue est rejetée par le maire, jugeant la nouvelle plaque pas assez dure avec le passé esclavagiste de Colston, mentionnant « transport » plutôt que « trafic »

2020         

  • Une pétition voit le jour visant à retirer la statue du paysage de Bristol
  • La statue est déboulonnée par les manifestants lors d’une marche contre le racisme

 

Vers une vague de déboulonnements

Ce n’est pas la première statue à être déboulonnée dans la foulée du mouvement de protestation suite à la mort de George Floyd. À Louisville, Richmond et Birmingham, aux États-Unis, des statues ont été déboulonnées par leurs mairies à la suite de protestations. En Belgique, la ville d’Antwerp a retiré la statue du Leopold II, qui se retrouvera désormais dans une collection de musées, comme celle d’Edward Colston.

L’effet spectaculaire de l’évènement à Bristol a cependant contribué à mettre de l’avant plusieurs situations semblables au Royaume-Uni. Le champion du monde de Formule 1, Lewis Hamilton, a notamment fait part de son appui au déboulonnement des statues représentant des personnages historiques ayant un passé raciste. « Qui est le prochain? » a-t-il écrit sur son compte Instagram. Des appels au déboulonnement d’autres statues ont surgi notamment à Oxford, Edinburgh, Shropshire, Manchester et Londres. Le site toppletheracists.org a d’ailleurs vu le jour afin de les mettre de l’avant.

À Montréal, une pétition circule présentement visant à faire retirer la statue de John A. Macdonald. Le premier Premier ministre du Canada est notamment responsable de la mise en place des pensionnats indiens. La pétition compte jusqu’à maintenant plus de 5800 signatures.

Le retrait de ce monument maintes fois vandalisé avait été étudié en 2018 avant que la ville réitère qu’elle allait la laisser en place. Le gouvernement Trudeau avait d’ailleurs affirmé que c’était aux provinces et aux villes d’étudier ces questions concernant les monuments dédiés à John A. Macdonald.

Les statues sont érigées pour commémorer un aspect de la vie d’une personne, généralement son apport à une ville, une région ou un pays. Cependant, c’est toute la vie de cette personne qui est représentée, pas seulement une partie. C’est pour cela que lorsqu’un aspect de sa vie cause polémique, il est facile de rattacher cette nouvelle signification à la statue. Lorsque cette situation survient, doit-on en faire fi ou agir? Les citoyens de Bristol ont décidé, eux, de prendre les choses en main. Reste à voir ce que les autres villes du monde feront dans les prochains jours.

Une production journalistique réalisée par :

  • Olivier Boivin

    J’ai 23 ans et je suis journaliste. Je me lance dans ce métier après un parcours académique centré sur les communications et les technologies les entourant. Passionné de politique, de musique et de sport depuis toujours, j’adore analyser, fouiller et creuser mes sujets. Je suis toujours en train de me questionner sur quelque chose. Je souhaite maintenant trouver les réponses et vous les partager ici.


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