Voyager pour rentrer chez soi, une véritable épopée

Pour certains ressortissants étrangers, le retour au bercail s’avère être teinté de sévères incertitudes. Pourquoi les compagnies aériennes proposent-elles encore des vols qui seront annulés peu de temps après ?


Illustration : Carla Geib

Un article réalisé par Carla Geib et Olivier Boivin

Tandis que l’Europe se déconfine progressivement, il semble être l’heure pour certains de ses ressortissants expatriés au Québec de retourner dans leur pays. Mais à en croire les témoignages qui se bousculent, les compagnies aériennes semblent toujours troublées par la crise. Billets achetés, vols annulés, remboursements non assurés… pour certains, le retour au bercail s’avère être teinté de sévères incertitudes. Pourquoi les compagnies aériennes proposent-elles encore des vols qui seront annulés presqu’aussitôt?

Bien qu’elles ne fonctionnent qu’à une fraction de leur rythme d’avant la crise, les compagnies aériennes proposent à nouveau des vols vers des destinations européennes depuis Montréal. Cependant, se procurer un billet ne semble pas garantir que le vol aura lieu, et ce, sans avertissement de la part des transporteurs aériens. Plusieurs voyageurs ont appris l’annulation de leur vol seulement quelques jours après l’achat de leur billet, une situation qui interroge sur les intentions actuelles des compagnies.

En lançant un appel à témoignages, dix ressortissants européens installés à Montréal ont raconté les complications rencontrées lors de leurs réservations de vols successives entraînant, pour beaucoup, des dépenses excessives.

 

Des complications à répétition

Que ce soit pour venir à Montréal avec un visa, retourner en France après des études, rentrer à Montréal de l’étranger ou bien voir sa famille en Europe, plusieurs bonnes raisons motivent les gens à voyager en ces temps de crise. Mais à en croire certains, c’est plus facile à dire qu’à faire.

Premier vol avec la TAP airlines annulé, deuxième vol avec Air Transat annulé, troisième vol avec le crédit d’Air Transat réservé et je prie pour qu’il ne soit pas annulé”, confie Paul Lafforgue. Il est l’un des nombreux clients d’Air Transat à avoir subi les conséquences d’annulations de la part de la compagnie canadienne qui n’assure plus aucun vol depuis le début de la crise. À ce jour, il est prévu que ses activités reprennent le 23 juillet. Jusqu’au 11 juin, il était annoncé que le trafic devait reprendre à partir du 30 du même mois. Jusqu’à l’annonce de ce nouveau report, les voyageurs pouvaient encore réserver des vols pour la période entre le 1er et le 23 juillet.

Roxane Hatem est également dans cette situation. Cette déléguée au développement des affaires pour un hôtel du centre-ville de Montréal souhaitait rentrer en France pour voir ses parents qui déménagent en Espagne. Après avoir vu successivement son premier vol et son vol de remplacement annulés, elle s’est finalement résignée à passer l’été à Montréal. Elle utilisera ses 930$ de crédit voyage pour visiter l’Ouest canadien.

Air Transat n’est pas la seule compagnie qui accumule les plaintes et les demandes de remboursement. Les témoignages recueillis font notamment référence à des vols de Corsair, Swiss Airlines, Lufthansa et Air Canada. Concernant cette dernière, Romain Goutailler en avait long à dire sur la question. Les complications liées au trafic aérien l’ont empêché de rentrer au Canada, l’obligeant à prolonger son séjour dans les Caraïbes de quelques mois.

Crédit photo : Yousef Alfuhigi

Je n’ai pas pu prendre les vols de rapatriement car les frontières m’ont été ouvertes à nouveau seulement au mois de mai. Alors j’ai dû me résigner à rester un moment en Guadeloupe attendant mon vol”, explique-t-il. Quand est venu le temps de rentrer, les ambassades lui ont indiqué de passer par Paris et donc débourser des sommes supplémentaires. “Air Canada continuait de nous faire espérer un vol direct en nous vendant des billets pour les prochains vols”, précise ce français résidant au Canada depuis octobre 2019.

Au total, ce sont trois de ses vols qui ont été annulés, chacun moins d’un mois après leur réservation. Il a pu revenir à Montréal le 21 juin par l’entremise d’Air France et d’Air Canada, en passant finalement par Paris. “Pour ma part, je suis chanceux puisque je n’ai pas eu à ajouter de l’argent supplémentaire, mais si Air Canada avait été honnête, je serais rentré 6 semaines plus tôt”, a-t-il précisé. Perte de salaire, nécessité de se loger sur place, locations de voiture : il estime les pertes d’argent liées à la situation à au moins 4000$.

De profondes incompréhensions 

Pourquoi donc les compagnies aériennes proposent-elles à l’achat des billets pour des vols dont on annoncera l’annulation quelques jours plus tard ? Jacob Charbonneau, PDG de volenretard.ca, une entreprise de protection des voyageurs, n’est pas étranger à cette problématique. Lui et son équipe ont reçu bon nombre de plaintes à ce sujet.

Selon lui, il se pourrait que les compagnies aériennes fassent de l’optimisation d’inventaire. “Si pour une raison “x” le vol n’est pas plein, on va soit changer la date ou annuler le vol et puis en proposer d’autres. J’ai l’impression que c’est vraiment ce qui se passe en ce moment”, explique-t-il.

Il estime que ce phénomène risque de se répéter souvent dans les prochains mois avec le déconfinement. “Il va donc y avoir plus en plus de vols, mais comme les gens ne vont pas réserver tout de suite, le trafic va être moins grand et donc, ils vont jouer beaucoup avec les horaires de vols.”

Mais les compagnies aériennes ont-elles le droit de pointer la COVID-19 comme responsable de ces changements d’horaires? L’ancien responsable de l’optimisation de la performance et de la qualité chez Air Transat rappelle la responsabilité des transporteurs.

Dans tous les cas, les transporteurs, dans la mesure du possible, se doivent d’emporter les passagers à destination”, explique-t-il. “Là, évidemment, on semble soulever la COVID pour excuser certaines choses, ce qui est vrai dans certains cas, parce qu’effectivement il y a beaucoup de vols qui ont été annulés parce qu’on ne peut plus voyager. Mais il faudrait vérifier aussi les vols qui ont été inscrits dernièrement alors que la crise est déjà en cours, ben là il y a peut-être moyen d’avoir des arguments.”

Pour ce qui est des remboursements et des crédits

Crédit photo : Carla Geib

voyages, notre spécialiste confirme que le Canada pourrait obliger les compagnies à rembourser leurs clients, comme le font l’Union européenne et les États-Unis. Cependant, selon lui, “on semble vouloir protéger les lignes aériennes plus que les consommateurs au Canada et refiler la facture ou le fardeau financier des lignes aériennes aux passagers parce que ce sont des milliards de dollars qui sont retenus par les lignes aériennes”. Marc Garneau, ministre fédéral des transports, avait d’ailleurs affirmé le 29 mai que les compagnies risquaient la faillite si elles remboursaient leurs clients.

Les voyageurs devront s’armer de patience s’ils souhaitent voyager par les airs dans les prochains mois. En attendant une solution de la part du gouvernement canadien, il est toujours possible de rejoindre l’un des recours collectifs qui visent actuellement plusieurs compagnies aériennes.

Une production journalistique réalisée par :

  • Olivier Boivin

    J’ai 23 ans et je suis journaliste. Je me lance dans ce métier après un parcours académique centré sur les communications et les technologies les entourant. Passionné de politique, de musique et de sport depuis toujours, j’adore analyser, fouiller et creuser mes sujets. Je suis toujours en train de me questionner sur quelque chose. Je souhaite maintenant trouver les réponses et vous les partager ici.

  • Étudiante au DESS en Journalisme - Je m’appelle Carla Geib et j’ai 22 ans. Diplômée d’une licence en sciences politiques européennes, je suis actuellement finissante au D.E.S.S en journalisme. Désormais incapable de sortir sans mon appareil photo, je ne songe plus qu’à une chose : réaliser de superbes photo-reportages et donner une dimension humaine à mes productions.


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