Le cinéma après la pandémie : un nouveau visage ?

La pandémie a fortement bouleversé toutes les industries du monde, cela inclut l’industrie du cinéma hollywoodien. Le confinement a obligé les grands producteurs de films américains de chercher des alternatives pour les salles de cinéma. La réponse : les sites de streaming en ligne.


La pandémie a fortement bouleversé toutes les industries du monde, dont l’industrie du cinéma hollywoodien. Le confinement a, en quelque sorte, obligé les grands producteurs de films américains à chercher des alternatives pour les salles de cinéma. Leur réponse : les sites de streaming en ligne. Deux spécialistes de l’Université de Concordia nous expliquent si ce mouvement continuera après la pandémie et si la COVID-19 changera complètement le visage du cinéma.

Au début, les studios ont décalé de plusieurs mois les dates de sorties de leurs films. L’un des cas les plus médiatisés étant le 25e film de James Bond intitulé « No Time To Die ». La sortie planifiée pour avril, le film a d’abord été repoussé pour une première en novembre. Sauf qu’en ce moment, rien n’est décidé. Pourtant, nous avons pu constater récemment des changements du côté des plateformes de distribution. Deux films prévus initialement comme des sorties exclusives en salles ont plutôt été lancées en streaming le 12 juin. Le dernier film de Spike Lee, « Da 5 Bloods » aurait été présenté hors compétition au Festival de Cannes et joué dans les salles en mai et juin, mais tout a été annulé. Finalement, le film a été programmé sur Netflix. Le deuxième cas, est le film « The King of Staten Island » réalisé par Judd Apatow. D’abord, prévu pour le 19 juin le film a finalement été lancé sur plusieurs plateformes de streaming une semaine en avance. Cette tendance se poursuit avec des films comme « Greyhound » programmé pour les salles de cinéma le 12 juin, mais finalement les droits de distribution ont été vendus à Apple TV+ qui lancera le film sur sa plateforme le 10 juillet prochain.

La fin des salles de spectacle ?  

La croissance en popularité des sites de streaming risque même de mettre en danger l’existence des salles de spectacle. Mais est-ce aussi simple ? Le chercheur Martin Lefebvre, de la Chaire honoraire de recherche en études cinématographiques de l’Université Concordia, explique l’importance sociale des salles de cinéma. Selon lui, une expérience filmique dans une salle est complètement différente de ce qu’on ressent à la maison. « La salle de cinéma lie le cinéma aux arts de la scène. Voir un film dans une salle bondée est une expérience différente — c’est assez évident dans le cas d’une comédie: le rire est la façon qu’ont les spectateurs de communiquer entre eux pendant la projection. L’expérience de la salle provoque aussi une forme de rituel du cinéma. En premier lieu, cela suppose de faire l’effort de sortir de chez soi. C’est un rituel social. » En plus de sa valeur sociale, les salles de cinéma offrent certaines facilités difficiles à reproduire à la maison, sauf si on possède un important budget personnel. « Et puis, il y a la taille de l’écran et le niveau sonore. Ce n’est pas tout le monde qui possède à la maison un équipement de projection de qualité et un grand écran (même si c’est plus répandu qu’autrefois). », soutient Martin Lefevre.

Ce sentiment est aussi partagé par Haidee Wasson, professeure de cinéma et de médias à l’Université Concordia. À son avis, les limitations technologiques à la maison pourraient jouer en faveur des salles de cinéma. En plus, elle ajoute que différents films pourraient gagner de cette rivalité. Les films à petit budget qui ne nécessitent pas des efforts supplémentaires pourraient être préférables pour les sites de streaming pendant que les grandes expériences filmiques vont toujours trouver leurs places dans les salles de cinéma. « Je pense que certaines diffusions directement en ligne pourraient continuer après la crise actuelle. Mais, ce genre d’expérimentation avec les sorties de films n’a pas commencé avec la pandémie. Bien que la crise sanitaire ait certainement contribué à ces types de pratiques. Ces expériences vont probablement continuer pour les films “familiaux” et pour les drames à petit budget qui sont plus difficiles à transformer en grands événements publics ou qui pourraient ne pas se prêter aux spécificités « haute technologie » des salles de cinéma comme par exemple, les écrans géants et lumineux et les nouveaux systèmes de son. »

Malgré sa popularité, la simple structure du streaming ne peut pas être équivalente à ce que les personnes ressentent quand ils regardent un film dans une salle. L’exemple le plus évident est le niveau d’engagement. « Des études ont montré qu’on se souvient mieux d’un film vu sur un grand écran en salle. Cela signifie donc un engagement cognitif différent avec le film, voire qu’on le regarde et qu’on l’écoute plus attentivement. C’est sans compter les distractions de la maison. Il y a donc des raisons pour conserver le modèle de la salle de cinéma. », explique Dr. Lefebvre. En même temps, le professeur prend en compte aussi la préférence des gens de rester à la maison pour regarder un film. Avant le streaming, les autres alternatives pour visionner un film étaient déjà plus populaires parmi les spectateurs. « La location et l’achat des DVD et Blu-Ray dépassent depuis plusieurs années les profits faits en salle. Le succès en salle — surtout dans le cas des “blockbusters”— est devenu une sorte de publicité pour la sortie d’un film sur les autres plateformes. La salle de cinéma a aussi l’effet de “singulariser” un film. Le nombre d’écrans, même dans une grande ville comme Paris, par exemple, est limité. Sur le Web, l’offre peut être décuplée. ».

Martin Lefebvre ajoute que cette abondance de films sur streaming représente aussi un désavantage, surtout quand on ne cherche pas un film en particulier. « On voit l’effet avec Netflix où, après un moment à chercher, on s’égare et on perd alorsun peu notre intérêt, à moins de viser un titre en particulier ».

L’avenir du cinéma québécois  

Dans une telle ambiance, il est facile de se demander si le streaming aura un impact pour toutes les industries cinématographiques du monde, y compris celle du Québec. Haidie Wasson pense que le streaming pourrait aider ces petites industries qui ont été depuis trop longtemps éclipsées par le géant hollywoodien. « Je pense que le streaming pourrait avoir un impact important et positif pour le cinéma québécois. Si les gens sont prêts à mettre de côté l’idée que le cinéma se passe exclusivement dans les salles, on pourrait alors voir un champ d’activités important s’ouvrir sur les petits écrans qui se trouvent dans la plupart des salons québécois. Le streaming, en particulier, aide ceux qui cherchent des histoires. L’expression “Dans un cinéma près de chez vous”  devient simplement “dans un cinéma, chez vous”. Aucun déplacement nécessaire. Ce “cinéma chez vous” augmente alors l’auditoire, ce qui contribue également à soutenir nos industries. » En plus, la spécialiste précise que le cinéma canadien et québécois en particulier, n’ont pas été historiquement performants dans les projections en salles. Les créations artistiques du Québec se sont faits connaître par d’autres moyens de diffusion. « Et n’oubliez pas que des histoires québécoises et canadiennes sont racontées et vues sur de petits écrans de cinéma depuis près d’un siècle, ailleurs que dans les grandes salles de cinéma. On voit des films dans les salles de classe, dans les sous-sols d’églises et les centres communautaires où on utilise des projecteurs de petit calibre et on projette des films de format 16 mm comme alternative aux salles de cinéma. En d’autres termes, vu dans une perspective historique, le streaming n’est que la dernière plateforme pour faire circuler des images et des sons en mouvement, au-delà des théâtres. Rappelons-nous également que la télévision est depuis longtemps un mécanisme de distribution essentiel pour les films québécois. »

La ministre de la Culture, Nathalie Roy, a annoncé la réouverture des salles de cinéma et de spectacle en général à partir du 22 juin 2020. On verra maintenant à quoi ressemblera l’industrie cinématographique post-Covid-19.

Une production journalistique réalisée par :

  • Cristian Mironescu

    Passionné par des sujets comme la géopolitique, la diplomatie, l'immigration, le multiculturalisme et les arts. Originaire de Bucarest, Roumanie. Baccalauréat en Langue, Littératures et Civilisations étrangères (LLCE) spécialisation en anglais et Master en Géopolitique à l'Université Paris 8. Arrivé au Canada en 2019, j'envisage de faire une carrière dans le domaine du journalisme. Mon idéal serait de faire du journalisme international et de rendre publiques les injustices du monde.


Intéressant, non ? Partagez la publication avec vos proches.

Un commentaire ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.