Stressant, le test de dépistage?


Alors que le déconfinement s’accélère à Montréal, les cliniques de dépistage pour la Covid-19 de la métropole se retrouvent étonnamment bien souvent désertes. Cette semaine, la santé publique de Montréal a annoncé la fin des cliniques mobiles. Déjà, on en retrouvait dans les différents territoires de la ville, et même dans des autobus de la STM. Sauf que bientôt, certains centres de dépistage connaîtront le même sort, faute d’affluence. Que se passe-t-il?

Nous nous sommes rendus dans certaines cliniques afin de constater si l’annonce du déconfinement avait eu un effet sur cet achalandage. Nous avons également voulu sonder la perception du personnel traitant face à l’état d’esprit des personnes se déplaçant pour subir le test. 

Sur place, des travailleurs de première ligne nous parlent de leur expérience et racontent le stress que peut développer l’exercice de se soumettre à un test de dépistage. 

Un travailleur social en première ligne

L’après-midi de notre visite, la clinique de dépistage Saint-Michel était à toutes fins utiles vide. Située juste devant les bureaux du Cirque du Soleil sur la 2ième Avenue et sous le giron du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, la clinique occupe un large terrain de terre battue où il est possible de se soumettre au test aussi bien à pied qu’en voiture. Geneviève Laplante, infirmière responsable du site ce jour-là, raconte que l’affluence de la clinique a diminué depuis une semaine : « On teste beaucoup moins. Il y a quelques semaines on pouvait faire entre 100 et 200 tests par jour. Aujourd’hui, par exemple, on en est à 67. » 

 

Un peu plus loin, un homme discute avec une personne venue se soumettre au test de dépistage en voiture. C’est Glen Marcotte, un travailleur social tout juste sorti de sa retraite. Après des années à travailler en prévention et en dépistage du SIDA au CLSC Métro, il a senti que son expertise pouvait être mise à profit durant la pandémie de COVID 19. « Les gens qui se présentent pour le test vivent toutes sortes d’émotions, affirme M. Marcotte. Ils expriment souvent du stress, mais aussi de l’angoisse, de l’anxiété et parfois de la colère ». Il les accompagne donc durant la procédure de dépistage, et il offre un soutien psychologique à ceux qui en ont besoin. 

 

Ce test, selon lui, n’est pas anodin. Il suscite une forte réaction chez certaines personnes qui, en attente du résultat, sont confrontées à l’incertitude et à l’inconnu. Il les aide alors à exprimer leurs émotions en utilisant une phrase toute simple : « Est-ce que ça vous soulage de savoir? » 

 

En discutant, M. Marcotte se souvient de cette travailleuse de la santé qui, en se présentant au test, a été prise de sanglots incontrôlables, sans pouvoir en exprimer la raison. En l’amenant à l’écart et en engageant la discussion, le travailleur social a compris qu’elle était rongée par l’inquiétude d’avoir potentiellement infecté sa mère, résidente en CHSLD. 

 

« En parlant avec la dame, j’ai réalisé qu’elle était déjà en dépression, mais qu’elle refusait de l’admettre. Nous avons donc créé un plan ensemble. Elle devait contacter son médecin et demander un congé de maladie. » Glen Marcotte se rappelle la réaction de la dame, qui a d’abord refusé de s’absenter du travail, d’abandonner son poste en première ligne. « Nous en avons parlé, et je l’ai amené à comprendre qu’elle avait la permission de se protéger, de prendre soin d’elle-même. »

 

Même s’il s’agit d’une aide ponctuelle et que ces interventions ne font pas l’objet de suites à donner, M. Marcotte est confiant que ce soutien est significatif pour plusieurs. « L’idée, c’est de donner quelque chose de concret, [et] du pouvoir à ces personnes », conclut-il. 

 

La clinique de dépistage Saint-Michel a fermé ses portes vendredi matin, faute d’achalandage. Il n’a pas été possible de savoir si les services de Glen Marcotte seront utilisés ailleurs. 

On teste toujours à Montréal-Nord

 

À quelques kilomètres de là, le centre de dépistage du CLSC de Montréal-Nord, qui relève du CIUSSS du Nord-de-l’île-de-Montréal, continue d’effectuer un nombre relativement élevé de tests par jour, signe que cette zone de l’île est toujours particulièrement touchée par la pandémie.

 

Sur place, contrairement à la clinique Saint-Michel, on n’y retrouve pas de travailleurs sociaux. En revanche, il y a des équipes formées de deux infirmières qui alternent pour accueillir, questionner et tester les personnes qui se présentent pour un dépistage. 

 

Rejointe par téléphone, Aline Beaupère, infirmière clinicienne affectée à la clinique Montréal-Nord depuis un mois, affirme que si certaines personnes sont anxieuses face au test il s’agit après tout, précise-t-elle, d’une procédure qui n’est pas très agréable , les cas de détresse sont rares. Elle ne se souvient d’ailleurs pas d’avoir elle-même été témoin de tels moments.

 

Madame Beaupère dit que les infirmières sur place font ce qu’elles peuvent pour informer et rassurer les gens sur la procédure. Elle insiste : « Personne ne quitte en ayant encore des questions ». Si une personne présente des symptômes d’anxiété ou d’angoisse, la chef de site la « prend à part » et lui explique alors les différentes ressources disponibles. 

 

Au bureau des relations médias du CIUSSS, on dit avoir centralisé les ressources en soutien psychologique et en santé mentale en une ligne téléphonique unique, à laquelle les citoyens peuvent se référer au besoin.

 

Pour le reste, Aline Beaupère évoque une ambiance agréable à la clinique, où les gens se présentent souvent en famille, et repartent avec le sourire et de bons mots pour l’équipe responsable du dépistage. Si elle n’a pas vu de changement majeur dans l’attitude des gens depuis l’annonce du déconfinement, elle décrit généralement ses patients comme étant « à l’aise » et « moins anxieux ».  

Une production journalistique réalisée par :

  • Jean-Francois Theriault

    Étudiant au DESS en Journalisme. Après une maîtrise en littératures et un passage dans le monde des affaires, je me suis inscrit au DESS en journalisme pour revenir à ce qui me passionne : raconter des histoires.


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