Confinement, Zoom, Netflix et cie: quel impact sur l’environnement?

Plusieurs sous-estiment les effets de l’achat et l’utilisation de leurs appareils numériques, comme les conséquences ne sont pas tangibles. Quelle est alors la pollution numérique? Peut-on estimer qu’elle se sera intensifiée durant le confinement?


« On assume déjà qu’il y a plus d’émissions de gaz à effet de serre émises par l’industrie numérique que par celles de l’aviation », dénonce Mélanie McDonald, coordonnatrice en développement durable. Photo: Léa Beaulieu

Par Léa Beaulieu 

La pollution numérique réfère à celle occasionnée par l’industrie du numérique, de la fabrication des outils technologiques nécessitant de multiples métaux précieux jusqu’à leur utilisation et la consommation d’énergie que cela requiert, en passant par l’utilisation d’infrastructures imposantes pour le stockage des données. Selon la co-fondatrice et directrice des opérations de l’Institut de l’environnement, du développement durable et de l’économie circulaire (IEDDEC), Mélanie McDonald, « on assume déjà qu’il y a plus d’émissions de gaz à effet de serre émises par l’industrie numérique que par celles de l’aviation. C’est vraiment non-négligeable, mais très peu connu ». 

« Ça met une pression énorme sur l’extraction de ressources déjà polluantes en soi et d’une quantité très limitée, mais en plus, on produit énormément en bout de chaîne de déchets électroniques », précise Mme McDonald, également responsable du projet Chemins de Transition. La mission du projet, affilié à l’Université de Montréal, est de créer des ponts entre la communauté scientifique et les autres « forces vives de la société, dont les entreprises et les citoyens », explique Mme McDonald. En adoptant une approche prospective, l’objectif est de se projeter dans le Québec de 2040 et d’établir des moyens scientifiquement valables et souhaitables pour atteindre le futur visé.

Une augmentation des impacts du numérique pendant le confinement?

Mélanie McDonald assure qu’il est difficile d’établir si la pollution numérique aura augmenté ou diminué pendant la période de confinement. Plusieurs aspects du confinement ont ainsi eu un impact positif, alors que d’autres à l’inverse, étaient pires. Par exemple, on peut estimer que l’utilisation des appareils numériques a explosé en période de confinement. On peut donc estimer que la consommation d’énergie au niveau de l’utilisation de nos outils technologiques a grimpé. Or, il est moins dommageable de naviguer sur Internet à la maison, sur un réseau wifi, qu’en utilisant le réseau cellulaire, indique Mme McDonald. De plus, il faut prendre en compte qu’il y a eu moins de déplacements, alors que le télétravail était roi durant cette période. La responsable de Chemins de transition espère qu’à plus long terme, de nombreuses entreprises et organisations adopteront durablement le télétravail, au moins partiellement. Cela permettrait alors de réduire l’espace de bureaux nécessaire dans plusieurs immeubles et aura un effet sur l’utilisation d’énergie, en plus de réduire le nombre de déplacements nécessaires pour le travail. 

« J’ose espérer que moins de personnes auront acheté des appareils numériques et auront gardé ceux qu’ils avaient pendant le confinement. Et c’est certain qu’on aura un peu moins de moyens financiers pour faire des achats, notamment d’appareils numériques. » En tenant en compte des fermetures temporaires d’usines, les impacts au niveau de la fabrication des appareils pourrait ainsi avoir diminué.

On a déjà dépassé les limites

« Même avant la pandémie, l’augmentation de la consommation numérique était déjà exponentielle », précise Mme McDonald. Au niveau des changements climatiques, elle affirme qu’il est clair que nous avons dépassé les limites. La coordonnatrice en développement durable rapporte qu’il est également établi que nous consommons trop d’énergie, bien qu’il soit moins facile de déterminer les limites au niveau des ressources renouvelables. Puis, au niveau de certains métaux, il est établi que leurs réserves seront épuisées dans 5 à 20 ans, alors qu’ils sont précieux pour plusieurs autres usages que le numérique. « Plus on avance et moins les gisements sont concentrés. Plus d’énergie est alors requise pour les extraire. Puis, on entre dans un cercle vicieux, comme on s’en va dans un monde où l’énergie sera hautement limitée pour aller chercher les métaux, mais où il nous faudra encore des métaux pour produire de l’énergie, même renouvelable, par exemple pour construire des panneaux solaires », résume Mme McDonald. 

La sobriété numérique: un pas dans la bonne direction 

Pour Mélanie McDonald, il est évident que nous n’avons « pas le choix » de mettre la sobriété en place, mais il ne s’agit pas de l’unique solution à déployer. « C’est la première chose à faire, se demander si on a vraiment besoin de cet usage, autant au niveau de l’appareil que de l’utilisation qu’on en fait. Est-ce que j’ai vraiment besoin d’un nouvel appareil?  Est-ce que je pourrais remplacer quelques épisodes de Netflix par une marche? »

Mme McDonald se désole: « on est tellement loin de la sobriété numérique. On fournit des appareils hyper puissants à des personnes qui n’en ont pas besoin et on encourage tout le monde à utiliser leurs appareils, qui doivent toujours être nouveaux et plus puissants ». La sobriété numérique est d’autant plus importante comme les appareils numériques ont une courte durée de vie, étant souvent difficilement démontables et réparables, soutient Mme McDonald. 

Mélanie McDonald est d’avis que la diminution de la fabrication et de l’utilisation d’appareils numériques doit survenir à partir d’un équilibre où les individus ainsi que les dirigeants et grandes industries agissent. « Il y a des choix individuels là-dedans, mais il y a également une question de culture de la consommation à combattre », soutient Mme McDonald. 

Pour en savoir plus sur le projet Chemins de transition.

Une production journalistique réalisée par :

  • Léa Beaulieu

    Étudiante en journalisme à l'UdeM et travailleuse sociale, je m'intéresse particulièrement aux problématiques et inégalités sociales. Je suis motivée par la possibilité d'exposer des réalités humaines en alliant rigueur et empathie.


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