La grande attente


Trois mois sont passés et je compte encore les jours. Trois mois sans voir mon conjoint. Une épidémie et une frontière nous séparent. Il travaille aux États-Unis. Je suis étudiante internationale à Montréal. Je le connais depuis presque quatre ans. La distance a toujours fait partie de notre relation. Ces dernières années ont été ponctuées de séparations et de retrouvailles. Tout ce temps la distance est restée supportable parce qu’un jour, il était prévu qu’elle prenne fin. Mais depuis mars, elle semble s’étirer indéfiniment et pèse lourd sur mes épaules.

Depuis le 8 juin, des dérogations mises en place par le gouvernement Trudeau offrent aux américains la possibilité de retrouver les membres de leur famille directe au Canada. Cependant, n’ayant ni la résidence, ni la citoyenneté canadienne, je ne rentre pas dans les petites cases étroites qui permettent à certains proches de se réunir.

Nous sommes 642 480 étrangers à détenir un permis d’étude au Canada. Nous comptons pour 1,6% de la population totale. En 2016, nous avons injecté 15,5 milliards de dollars dans l’économie canadienne.

Depuis mon arrivée au Canada, j’ai appris à composer avec l’absence de ma famille et de mes proches. Cela fait partie du prix à payer lorsque l’on s’établit à l’étranger pour y poursuivre des études. La pandémie est venue amplifier ce manque, jusqu’à faire de l’absence une présence continue et étouffante.

Entendons-nous, la fermeture des frontières est une solution qui a fait ses preuves. Après s’être coupé du monde, la Nouvelle-Zélande et l’Australie ont enregistré d’excellents résultats en matière de lutte contre le coronavirus. Les États-Unis, bien qu’ayant sévèrement limité l’accès à leur pays aux ressortissants étrangers et gelés les visas de travail, s’en sortent plus difficilement. Cependant, n’existe t-il vraiment aucune alternative à la fermeture pure et simple des frontières ? Pourquoi, par exemple, ne pas tester les voyageurs ou exiger d’eux la preuve qu’ils sont en bonne santé ?

Attirer un nombre important d’étudiants étrangers fait partie de la stratégie économique du Canada. Le pays reste par ailleurs ouvert aux étudiants internationaux dont le permis d’étude a été validé avant le 18 mars 2020. Alors pourquoi de pas nous permettre à nous aussi de retrouver nos proches ?

 

 

Une production journalistique réalisée par :

  • Gabrièle Chalon

    Finissante au D.E.S.S en journalisme de l'université de Montréal et vadrouilleuse intrépide. Je suis passionnée par les questions de justice sociale aux Etats-Unis, le journalisme de données, les récits de vie et les épaves d'avions abandonnées. Je pratique la photographie à mes heures perdues. J'écris sur l'actualité à Detroit et sur la résilience de la communauté locale.


Intéressant, non ? Partagez la publication avec vos proches.

Un commentaire ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.