Le monde à l’envers


Les premiers flocons de l'hiver vu de l'auberge La Cornisa, à Farellones au Chili. Vidéo : Tomás Albornoz Leonard

La première neige est tombée sur la Cordillère des Andes au Chili. Alors qu’ici nous entamons l’été, au Chili c’est l’hiver qui s’amorce. Sauf que cette année, partout dans le pays, les montagnes de ski resteront fermées.

Car si au Québec, nous entrons dans la période de déconfinement, au Chili, on est en plein au cœur de la crise. C’est le monde à l’envers.

Le virus a fait son apparition au Chili, il y a une centaine de jours. Résultat: aujourd’hui, on y compte 184 449 cas répertoriés.

Ana Albornoz Conteras et son fils Tomás Albornoz Leonard sont propriétaires d’une auberge de montagne dans la région de Farellones, à 2 heures de Santiago. Depuis quatre mois ils se sont placés en quarantaine volontaire.

Ana et Tomas rejoints en visioconférence.

« On pensait que ça serait plus facile, que ça serait plus court, mais avec la saison d’hiver qui s’en vient et on ne sait pas trop ce qui va se passer. Le virus serait plus virulent en hiver, ce qui est inquiétant, car les temps froids sont à venir », confie Ana.

Les frontières du pays sont fermées et les touristes internationaux sur lesquels compte l’Auberge La Cornisa pour fonctionner ne pourront pas voyager. La Cornisa a donc dû fermer et pour l’instant, n’a pas l’autorisation d’ouvrir. Les employés de l’auberge sont à contrat chaque hiver et Ana a tout simplement été obligée de ne pas renouveler leur contrat pour cette année. Sauf qu’elle doit tout de même continuer de payer les comptes; l’eau et l’électricité. C’est très cher.

Ana et Tomás sont venus habiter à Farellones, à l’auberge. Ils ont quitté leur appartement à Santiago en raison de la situation économique précaire.

« On est beaucoup mieux à Farellones, on ne voit personne ici et on peut profiter de la nature. »

La ville de Santiago et quelques autres villes avoisinantes sont en quarantaine totale. Tout est fermé, sauf les services essentiels. Cinq permis de sorties par semaine sont autorisés pour aller à l’épicerie ou à la pharmacie. Mais personne ne respecte ça, tout le monde sort sans permis. En ce moment, c’est seulement 30% des gens qui respectent la quarantaine à Santiago. C’est ce que raconte Tomás. Les policiers et les militaires exercent une surveillance accrue depuis une semaine.

Les inégalités et la pauvreté sont très présentes au Chili. À cause de la pandémie, les gens ont perdu leur emploi. Or, le filet social tel qu’on le connaît au Canada, n’existe pas au Chili.

« Au centre-ville, on dirait qu’il n’y a pas de quarantaine. Les gens se promènent comme à l’habitude parce qu’ils disent qu’ils ne peuvent pas arrêter de travailler sinon ils ne pourront pas manger. Ils n’ont pas d’argent, c’est ça le problème », explique Tomás.

Au début de la crise, le gouvernement a tenté d’offrir une aide financière. Mais la population est en colère parce que le processus est très lent, ça prend beaucoup de temps avant de pouvoir recevoir de l’aide sous forme monétaire ou en denrées. Les délais peuvent dépasser un mois.

La classe moyenne se sent oubliée. Ce sont des gens qui avaient un bon travail, un bon salaire, et puis, plus rien.

« On ne reçoit pas d’aide. Ils ont changé beaucoup les politiques, ils ont essayé plusieurs choses, mais on a l’impression qu’ils ne savent juste pas quoi faire », dit Ana.

Économiquement, c’est déjà très compliqué au Chili. Beaucoup de commerces sont déjà fermés depuis octobre à cause des révoltes qui ont eu lieu à l’automne.

Avec l’arrivée du virus, les manifestations de révolte ont complètement arrêté. Sauf que le problème n’est pas réglé.

« On croit que ça va recommencer dès que le printemps arrivera. Si on arrive à contrôler la propagation et s’il y a une diminution des cas, la révolte populaire va reprendre surtout que la situation économique de plusieurs aura encore plus dépéri. »

Le couvre-feu imposé par le gouvernement à l’automne est d’ailleurs toujours en vigueur.

 


 

Pour ce qui est de l’avenir de l’auberge, Ana et Tomás ne savent pas à quoi s’attendre. Après tout ça, les gens n’auront pas beaucoup d’argent pour voyager. C’est ce qui les inquiète. C’est pratiquement tous leurs clients qui viennent de l’étranger, dont plusieurs Québécois et Brésiliens.

Tomás, qui étudie en écotourisme dans une université de Santiago, sait toutefois que c’est le tourisme interne qui va pouvoir reprendre en premier.

« On espère que les gens réaliseront qu’il y a tellement de beaux endroits à visiter à l’intérieur de notre pays, notamment en nature, et pas nécessaire dans les agglomérations, les grands hôtels, les villes, mais aussi dans les petites auberges comme la nôtre. »

Une production journalistique réalisée par :

  • Gabrièle Dubé-Roy

    Baccalauréat en communication en poche, je me suis dirigée vers le journalisme par amour des mots. Ma curiosité et ma soif d’apprendre font de moi une réelle passionnée. Mon but : témoigner d’histoires et tenter de faire sens de notre monde à coup de « pourquoi » et de « comment ».


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