Réflexions sur l’Après : Société et modes de vie


Graphisme : Gabrièle Dubé-Roy

Consulter les autres billets de la série : Prémisse, Paysage urbain, Impact environnemental

Pour conclure la série « Réflexions sur l’Après », la professeure Pascale Bédard du département de sociologie de l’Université Laval a réfléchi à l’incidence de la pandémie sur nos sociétés et nos modes de vie.

Le concept de mémoire collective a amorcé la réflexion. L’humain oublie rapidement, c’est une prémisse à laquelle tous les experts qui se sont prêtés aux Réflexions sur l’Après adhèrent. Selon Pascale Bédard, les expériences collectives, telles que les guerres et les pandémies ont toutefois tendance à rester gravées dans les mémoires.

C’est par la littérature, le cinéma ou d’autres formes d’art que ces souvenirs deviennent des récits qui perdurent. Ces productions culturelles permettent de raconter à nouveau un événement dans le but d’en tirer des émotions et des leçons particulières.

 « Même si la pandémie de la COVID-19 sera possiblement rapidement « oubliée », je crois que ce qu’elle a entraîné comme expérience sociale est assez fort pour donner lieu à ces formes de récits. »

Rapport au travail

Une de ces expériences sociales est notamment l’augmentation du temps passé en télétravail. Les vertus de cette nouvelle réalité ont été vantées par certains depuis le début du confinement. Mais comment faire la distinction entre le travail et le temps personnel dans ce nouveau contexte ?

Pascale Bédard affirme que cette distinction a été mise à mal dans les derniers mois. La maison est devenue à la fois un milieu de travail et un milieu de vie pour certains. Cette façon de faire, obligée par la pandémie, a permis de mettre en lumière le fait que certaines tâches, dans certains domaines, ne devaient pas absolument se faire en présentiel.

Cependant, ce contexte de télétravail nous a aussi permis de repenser notre rapport au travail et à sa temporalité.

« Repenser la place très, voir même trop, importante que le travail prend dans notre vie et réévaluer ce que signifie vraiment avoir du « temps personnel » quand celui-ci est une course contre la montre afin de tout faire le nécessaire domestique avant le prochain « chiffre » au boulot, ou quand celui-ci est accaparé par notre autre « travail » de consommateur, de l’industrie culturelle notamment. »

Une autre de ces expériences sociales concerne la vague d’entraide et de solidarité qui s’est vu déferler sur le Québec suite aux appels du premier ministre Legault. La professeure du département de sociologie croit que la solidarité est d’emblée présente dans la société et que beaucoup de gens veulent aider. C’est toutefois la grande libération du temps par la diminution du travail lors de la pandémie qui a permis à autant de gens de vouloir et pouvoir prêter mainforte.

« Peut-être que si l’on avait toujours autant de temps, si la semaine de travail normal qui permet de bien gagner sa vie était de 25 heures, tout le monde aurait envie de faire du bénévolat! »

Le télétravail est venu brouiller la frontière entre le temps personnel et le travail. Graphisme : Gabrièle Dubé-Roy

 

Et nos aînés?

Le fléau des CHSLD a été au cœur de la crise qui a frappé le Québec de plein fouet. La majorité du nombre de vies perdues dans la province se trouve à être au sein du groupe qu’on appelle nos aînés. À la lumière des récents événements, on peut être porté à croire que la place accordée à ces aînés dans notre société semble peu importante. Pourquoi ?

Pascale Bédard pense que c’est parce que ce que notre société valorise se situe à l’opposé de leur réalité.

« Nous valorisons la jeunesse, la santé, la productivité, la vitesse, le progrès technologique, la réussite à court terme et nous n’avons pas beaucoup de patience pour les histoires du passé, desquelles nous apprendrions pourtant beaucoup. Je crois que le contact avec les aînés nous met face à beaucoup de nos échecs. »

L’époque dans laquelle nous vivons est empreinte d’une grande prétention. On croit avoir toutes les réponses et être au sommet de l’évolution. Pourtant, on laisse tomber beaucoup de choses pour cette apparente réussite, tel que nous l’a montré cette crise.

La prise de conscience que nous a forcés à faire la crise par rapport à l’apport des aînés dans notre société et à la place qui leur est accordée s’appuie sur tout un pan de l’Histoire en ce qui a trait aux relations entre les différentes générations. C’est ce qui fait craindre à l’experte en sociologie que nous gardions la mémoire très courte par rapport à ces réflexions.

 

Démocratie et pouvoir

Les autorités gouvernementales ont joui d’un pouvoir décisionnel sans précédent appuyé par les mesures de santé publique. Pascale Bédard est d’avis que le mode de gouvernance qu’exige une certaine forme d’urgence dans la prise de décision n’est toutefois pas un modèle idéal. Elle espère qu’il n’en restera que peu de vestiges dans l’Après.

« Dans l’avenir, je souhaiterais que cette crise nous ait permis de voir que des systèmes de décision moins centralisés, plus autogérés, plus proches des réalités qu’elles concernent fonctionnent bien et peuvent s’avérer plus réactifs. Bien sûr, on y perd une certaine uniformité, mais on gagne globalement en liberté, et possiblement en volonté d’engagement dans ces processus de la part de tout un chacun. »

 

 

Une production journalistique réalisée par :

  • Gabrièle Dubé-Roy

    Baccalauréat en communication en poche, je me suis dirigée vers le journalisme par amour des mots. Ma curiosité et ma soif d’apprendre font de moi une réelle passionnée. Mon but : témoigner d’histoires et tenter de faire sens de notre monde à coup de « pourquoi » et de « comment ».


Intéressant, non ? Partagez la publication avec vos proches.

Un commentaire ?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.