Réflexions sur l’Après. Paysage urbain


Graphisme : Gabrièle Dubé-Roy
L’avenir de nos villes et le futur de notre paysage urbain sont au coeur des questionnements sur l’Après.

[ Pour lire la prémisse de la série, c’est par ici. ]

Pour ces premières réflexions, s’est prêté au jeu le professeur Philippe Poullaouec-Gonidec, aussi architecte, spécialiste du paysage et du design urbain et titulaire de la Chaire UNESCO en paysage urbain de l’Université de Montréal.

 

Le professeur Philippe Poullaouec-Gonidec rejoint en visioconférence. Graphisme : Gabrièle Dubé-Roy

D’emblée, il s’est montré prudent, mais attentif en ce qui concerne les potentiels changements structurants quant à nos espaces publics et notre paysage urbain au lendemain de la pandémie.

Est-ce que quelques mois seront suffisants pour amener des modifications majeures dans l’organisation de notre collectivité?

Lorsque des événements perdurent, comme les grandes guerres, les transformations profondes ont davantage de temps pour s’organiser et réellement s’implanter. La pandémie, bien qu’elle soit de moins longue durée, reste toutefois une occasion inouïe de repenser nos espaces et nos villes. 

Mais on est pressé de retrouver ce qu’on a connu. On cherche la stabilité et le réconfort, pas les bouleversements et les grands changements. C’est dans la nature humaine. Nos réflexes sont difficiles à changer. On a des acquis et c’est un travail de grande envergure que d’en consolider de nouveaux. 

Selon Philippe Poullaouec-Gonidec, notre « amnésie collective » est un fort trait de caractère, bien difficile à déloger. 

Il concède néanmoins que quelques facteurs sont réunis pour permettre à des changements d’advenir. 

En ce moment, les autorités gouvernementales ont un réel pouvoir de métamorphose à grand déploiement. C’est une opportunité pour des initiatives de voir le jour, puisqu’elles sont soutenues par la santé publique. Ça fait en sorte qu’elles passent mieux auprès de la population. On voit la cause directe, la raison d’être.

Par exemple, bien que cela fasse longtemps que les bienfaits du transport actif aient été prouvés, ils sont maintenant mieux intégrables dans l’organisation de nos villes, appuyés par les mesures de santé publique.

Le professeur Poullaouec-Gonidec croit que Montréal a un savoir-faire en transformation d’espaces publics au gré des saisons qui pourrait lui permettre d’implanter les corridors de transport actif présentés dans le plan d’aménagement de la ville de manière récurrente. L’impact de ces corridors sur la santé des gens est inestimable. Ils contribuent à améliorer la santé en réduisant la pollution créée par les véhicules motorisés, mais aussi en incitant les gens à respirer, à bouger et à être actifs. Il faut ces corridors verts pour contribuer au bienêtre des gens et pour leur santé mentale. 

 

Les corridors sanitaires présentent plusieurs bénéfices pour la santé des citadins. Graphisme : Gabrièle Dubé-Roy

Sa réflexion s’est ensuite dirigée vers l’Avant. Au cours de l’Histoire, plusieurs vagues d’hygiénisme ont été observées. 

Au 19e siècle, on a notamment créé de grands parcs, des poumons pour nos villes, pour tenter de contrebalancer la pollution des centres urbains. Le Mont-Royal et Central Park sont des résultats de cette ère d’hygiénisme. 

« Ce que fait Montréal, avec son initiative de corridors sanitaires, c’est en quelque sorte une entrée dans une ère de néo-hygiénisme. » 

C’est un plan qui est bon à long terme, malgré la résistance et l’impopularité qu’il connaît auprès des automobilistes qui veulent reprendre l’espace qui leur est dû. 

La docteure Neira, directrice de la santé publique et de l’environnement à l’Organisation mondiale de la santé, a affirmé dans un entretien à Radio-Canada que « les villes sont conçues davantage pour l’automobile que pour l’humain. » 

Citation avec laquelle le spécialiste du paysage et du design urbain ne pouvait qu’être d’accord.

Mais quelle est la solution ?

Philippe Poullaouec-Gonidec est d’avis que les changements radicaux sont rarement accueillis à bras ouverts. Il faut plutôt y aller graduellement. D’abord réduire la présence d’automobiles en partageant la route, ce que tente d’implanter la Ville de Montréal à l’aide de ses corridors sanitaires destinés au transport actif et de ses voies réservées au transport en commun. 

 


 

La pandémie nous a menés à une prise de conscience sur les mesures sanitaires et sur l’importance de la santé. Pour le professeur de l’Université de Montréal, les questions de santé publique se traduisent aussi dans d’autres phénomènes. Les îlots de chaleur sont un phénomène très présent en ville. Il s’agit ici aussi d’un enjeu de santé publique. 

« Dans les quartiers où il y a peu d’arbres, le taux de mortalité est plus haut. C’est une corrélation prouvée, la cause est directe. On a des moyens de faire baisser la température grâce à la nature plutôt qu’avoir recours à l’air climatisé qui présente son lot de conséquences néfastes. Il faut les utiliser. »

Selon Philippe Poullaouec-Gonidec, l’impact direct de la nature sur la qualité de vie devrait être au centre des décisions futures en matière d’urbanisme. Il faut ramener la biodiversité en ville, et pas uniquement les arbres. Une approche diversifiée doit être privilégiée. Différentes espèces d’arbres, de faune ailée, d’insectes, dont les abeilles. Tout cela contribue à la biodiversité et nous ne pourrons qu’en bénéficier. 

 

La biodiversité doit être réintégrée au paysage urbain selon le professeur Poullaouec-Gonidec. Graphisme : Gabrièle Dubé-Roy

Une production journalistique réalisée par :

  • Gabrièle Dubé-Roy

    Baccalauréat en communication en poche, je me suis dirigée vers le journalisme par amour des mots. Ma curiosité et ma soif d’apprendre font de moi une réelle passionnée. Mon but : témoigner d’histoires et tenter de faire sens de notre monde à coup de « pourquoi » et de « comment ».


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