Les Francs-Maçons sous la pandémie

Les groupes franc-maçonniques, connus pour les interactions sociales entre ses membres, ne sont pas exemptés de respecter les normes de la distanciation sociale imposées depuis mi-mars. Même si la plupart de leurs activités sont gardées dans une discrétion totale, il n’y a aucun doute que leur mode de vie a été fortement perturbé par la crise de la COVID-19.


Les groupes Francs-maçonniques, connus pour les interactions sociales entre leurs membres, ne sont pas exemptés de respecter les normes de la distanciation sociale imposées depuis mi-mars. Même si la plupart de leurs activités sont gardées dans une discrétion totale, il n’y a aucun doute que leur mode de vie a été fortement perturbé par la crise de la COVID-19. Toutes les loges à travers le Canada ont individuellement pris les décisions nécessaires pour arrêter l’expansion du virus, en s’adaptant à la situation de chaque province.

 

S’adapter à un « nouvel ordre social »

Pour comprendre comment la Franc-Maçonnerie a réagi à la pandémie de la COVID-19, il faut d’abord comprendre sa structure administrative. Il y a 51 juridictions aux États-Unis et dix au Canada, en plus de trente-quatre autres juridictions de la Franc-Maçonnerie Prince Hall. Toutes ces juridictions, en communiquant les unes avec les autres à des degrés différents, sont indépendantes et ont leur propre réponse à la crise.

En ce qui concerne la Grande Loge du Québec, le Président du Comité des Relations publiques, Hervé Gagnon, assure que les membres respectent toutes les règles de protection sanitaire. « Il est important de savoir que tout maçon s’engage à respecter les lois du pays. Dépendant des règles de santé publique, lorsque les activités maçonniques reprendront, ce sera dans leur respect le plus strict, qu’il s’agisse de distanciation, du port du masque ou autres règles. » Depuis la mi-mars, toutes les activités maçonniques sont annulées et, pour l’instant, personne n’a reçu de nouvelles indications quant à leur éventuelle reprise.

De l’autre côté du pays, Trevor W. McKeown, membre de la Grande Loge de la Colombie-Britannique et du Yukon et conservateur à la Bibliothèque Franc-Maçonnique de Vancouver, explique qu’au début du confinement, de nombreuses juridictions ont rendu un décret du Grand Maître ou une décision de la Grande Loge pour annuler toutes les réunions. « J’ai reçu des correspondances d’environ vingt-quatre juridictions m’informant que les réunions avaient été annulées. Je ne suis pas en communication régulière avec la plupart des juridictions, mais ce volume de courriels suggère que cette réponse était presque universelle. La Grande Loge de la Colombie-Britannique et du Yukon n’a pas ordonné de cesser les rencontres, mais elle a fortement conseillé de suivre toutes les règles et directives provinciales en matière de protection sanitaire. »

M. McKeown mentionne que la distance physique est un défi pour le fonctionnement normal des réunions de loge. En effet, les membres se serrent régulièrement la main et s’embrassent souvent pour se saluer. Les rituels nécessitent une proximité physique qui ne peut être autorisée par les réglementations sanitaires en vigueur. Pourtant, il précise que quelques changements adaptés à la nouvelle situation ne devraient pas empêcher la plupart des réunions maçonniques.

En temps normal les loges, composées de vingt-quatre membres actifs, se réunissent pour une session du soir de deux ou trois heures, une ou deux fois par mois.

 

Distanciation sociale, mais pas indifférence sociale

Puisque tout le monde est affecté par le confinement, M. Gagnon explique que les loges ont fait des démarches pour rester connectées avec leurs membres afin d’offrir du soutien. En plus, chaque membre a la liberté de contribuer à sa propre manière dans la lutte contre l’expansion du virus. « Individuellement, plusieurs maçons sont impliqués dans la lutte contre la pandémie à titre de médecins, de professionnels de la santé, de policiers, etc. Plusieurs maçons ont aussi fait des dons importants aux hôpitaux, comme des masques N95. » déclare le représentant.

Les mêmes principes sont aussi partagés par les membres de la loge anglophone. « La franc-maçonnerie n’est pas un organisme de bienfaisance, mais elle encourage ses membres à être caritatifs. Souvent les Grandes Loges ou les loges individuelles organisent ou participent à des activités caritatives. Ce n’est cependant pas son objectif principal. Dans cette juridiction, la Grande Loge gère le programme Cancer Car, en collaboration avec la Société canadienne du cancer de Colombie-Britannique. » M. McKeown fait référence au programme « Cancer Car » qui offre un transport gratuit pour les patients atteints de cancer aux centres de traitement. Le programme est interrompu depuis fin mars en raison de la pandémie. « Je n’ai aucune information du moment où il redémarrera. Je m’attends à ce qu’il reprenne conformément aux directives provinciales. » rajoute-t-il.

Un message Twitter avec le hashtag “TimeToToast” (Crédit photo: Gerry Mac)

Comme beaucoup de gens, les Francs-Maçons ont adopté la vidéoconférence. Le représentant de la loge britanno-colombienne explique que les loges restent régulièrement en contact avec leurs membres plus âgés et à risque, par téléphone ou par courriel. En plus, il existe plusieurs initiatives internationales pour se réunir tous les jours à 21 h 00 pour un «Toast à neuf heures» (Nine O’clock Toast). Pendant ce rituel qui existe depuis des siècles, les membres lèvent un verre chaque soir pour honorer leurs « Absent Brethren », autrement dit, leurs frères absents.

Le #TimeToToast circule sur Tweeter par l’initiative des Francs-Maçonnes de partout dans le monde. Ces rencontres virtuelles ont pour but d’aider les gens à dépasser les difficultés du confinement. On profite de l’occasion pour lever un verre à la santé de leurs membres, mais aussi à celle du personnel qui travaille dans les services et les activités essentiels.

Néanmoins, tel que précisé sur le site officiel de la Grande Loge de Québec, « la Franc-Maçonnerie ne s’adresse pas à tout le monde et ses symboles ne “parlent” pas à tout le monde. » Il n’y a aucun doute que leurs actes humanitaires et leurs gestes caritatifs sont appréciés. Par contre, le secret entourant leur structure reste controversé jusqu’à nos jours. La pandémie a apporté beaucoup de changements, mais elle n’a eu aucune influence dans le système très sélectif des Francs-Maçons. « Ce n’est pas par élitisme que les Loges maçonniques sont méfiantes à l’égard de ceux et celles qui frappent à leurs portes, mais par conscience de leur singularité et de la complexité de leur démarche. Celle-ci respecte l’évolution de chaque individu et reconnaît que les intérêts de ses membres sont multiples. » Il reste que la façon de choisir ses membres est un sujet de critiques depuis très longtemps. Cette façon de faire relativement arbitraire est même mentionnée sur leur site, où ils expliquent que seulement les personnes « dignes » de devenir leurs membres seront retenues. « Nous sommes une grande famille et nous agissons en conséquence. Il est de notre intérêt de ne faire entrer que ceux que nous croyons dignes de devenir nos frères. », mentionne leur site. Ainsi, ce n’est pas étonnant de constater que le même système de fonctionnement qu’ils ont créé pour rester « dans le mystère », a souvent donné place à des spéculations complotistes ou sensationnalistes partout dans le monde.

Malgré quelques théories conspirationnistes qui font des liaisons entre ce groupe et le coronavirus, les deux représentants ont déclaré qu’aucune loge canadienne n’a pas été directement ciblée par aucun mouvement anticonfinement jusqu’à présent.

Une production journalistique réalisée par :

  • Cristian Mironescu

    Passionné par des sujets comme la géopolitique, la diplomatie, l'immigration, le multiculturalisme et les arts. Originaire de Bucarest, Roumanie. Baccalauréat en Langue, Littératures et Civilisations étrangères (LLCE) spécialisation en anglais et Master en Géopolitique à l'Université Paris 8. Arrivé au Canada en 2019, j'envisage de faire une carrière dans le domaine du journalisme. Mon idéal serait de faire du journalisme international et de rendre publiques les injustices du monde.


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