Lesbos, Grèce. La désastreuse situation sanitaire du camp de Moria


Alors que la Grèce est déconfinée depuis le 4 mai, le camp de Moria, plus grand camp de réfugiés d’Europe sur l’île de Lesbos en Grèce, vit un confinement à part depuis le 23 mars dernier.

 

Le camp de Moria, c’est plus de 19 000 réfugiés provenant principalement d’Afrique et du Moyen-Orient dans un camp prévu pour accueillir 3000 personnes. Les conditions de vie, hors épidémie de coronavirus, sont déjà compliquées. Entassés les uns sur les autres, tentes contre tentes, des files d’attente pour la nourriture, pour les distributeurs d’argent, pour les toilettes, avec peu d’eau et sans électricité, tout ça au milieu des poubelles. Bref, un véritable bidonville ou une prison à ciel ouvert.

Mortaza Behboudi, journaliste sur place, me fait part du fait que la crise sanitaire actuelle est mal gérée sur le camp. Aucuns produits sanitaires ne sont à la disposition des réfugiés. Ils n’ont ni gants, ni masques, ni savon pour pouvoir effectuer les gestes de protection recommandés. Quant à la distanciation sociale, elle est impossible en raison de la surpopulation. Les maladies, autres que le coronavirus, se multiplient aussi faute d’hygiène. Les enfants ne vont plus à l’école et n’ont plus d’activités, puisque tout est fermé. Par conséquent, ils jouent dehors, le plus souvent dans les poubelles. Les enfants représentent 40% de la population du camp de Moria. La crise de la COVID-19 intensifie le sentiment de peur et d’abandon des réfugiés, et les violences, notamment envers les femmes, se multiplient.

 

Certaines ONG, à l’image de Stand By Me Lesvos, sont à l’origine de plusieurs initiatives afin d’améliorer le quotidien des réfugiés dans le camp mais aussi celui de la population locale. Cet organisme a dû et a su s’adapter à la situation. « Nous sommes passés d’une académie d’éducation informelle à un centre d’intervention d’urgence », me dit la coordinatrice Hannah Imwell. Alors, à la place de donner des cours de langues, d’art ou de musique, Stand By Me Lesvos, veut répondre aux besoins immédiats et les plus urgents des personnes. Cela passe par l’installation de station de lavage de mains à l’entrée des camps, par des messages de prévention et d’éducation face au coronavirus. Également par la confection de masques par des réfugiés et des volontaires puisqu’il n’y en a pas assez tant pour la  les habitants du camp que pour la population locale. Les mesures prises par des organismes comme Stand By Me Lesvos sont essentielles afin d’éviter la propagation du virus au sein du camp de Moria. Cela pourrait se transformer en catastrophe sanitaire incontrôlable.

Il est d’autant plus important de continuer à prendre des initiatives que, depuis l’annonce du confinement, les ONG et leurs bénévoles ne peuvent plus rentrer et œuvrer dans le camp. Seuls les médecins y ont accès. A Moria, on compte quinze médecins pour les 19 000 réfugiés. En temps normal, il devrait y avoir un médecin pour cinq personnes. On est donc loin du compte pour pouvoir soigner chacun des habitants du camp et détecter de possibles cas de coronavirus.

Voyant les conditions sanitaires se dégrader dans le camp, les travailleurs humanitaires appellent à l’évacuation de certains des réfugiés, les plus vulnérables. Le transfert de réfugiés vers des hôtels de grandes villes comme Athènes a débuté le 3 mai. A ce jour, 500 à 600 personnes par semaines sont évacuées.

La situation est d’autant plus critique que de nouveaux migrants sont arrivés à Lesbos depuis le début du mois. Parmi les 70 migrants arrivés le 6 et le 10 mai et mis en quarantaine dans le Nord-Ouest de l’île, quatre personnes ont été testées positives au coronavirus. Cette zone ayant été verrouillée, les réfugiés arrivés une semaine plus tard, ont dû être placés ailleurs. Nous n’avons pas encore d’information sur le lieu.

 

La Grèce est un des pays les moins touchés par le coronavirus avec 2915 et 175 décès à ce jour. Et l’île de Lesbos, mis à part les cas parmi les migrants, ne connaît qu’un seul cas.

 

 

Pour en savoir plus sur Stand By Me Lesvos : https://standbymelesvos.gr/

Une production journalistique réalisée par :

  • Maëlys Ponge

    Étudiante française à l’Université de Montréal en journalisme. Ce choix de cursus est depuis longtemps une envie, et l’obtention d’un diplôme en Langues Etrangères Appliquées anglais-italien et d’une maîtrise en études anglophones m'ont définitivement poussée à m’orienter vers le journalisme pour mettre à profit toutes mes connaissances acquises durant ces années, pendant lesquelles j’ai aussi pas mal voyagé. Venir à Montréal était pour moi une super occasion de découvrir encore autre chose.


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