La pandémie et la valeur symbolique des objets. Entretien avec l’anthropologue Jackie Feldman


Rechercher du réconfort dans le monde matériel

Jackie Feldman est un anthropologue israélien qui a écrit un article dans la revue “Society for cultural anthropology” sur le rapport que l’on entretient avec les objets en temps de pandémie. La question posée était la suivante : les objets peuvent-ils offrir un réconfort ou constituent-ils une prison ?

Le rapport entretenu avec le monde matériel d’objets interroge les repères de notre quotidien. Lors d’un séminaire à Aix-en-Provence, l’anthropologue s’interrogeait sur le caractère multiforme des objets.

Étant de confession juive, Jackie souhaitait célébrer la fête traditionnelle de Pessa’h. Mais le fait d’être confiné, loin de sa famille et de ses repères habituels était une toute nouvelle manière d’appréhender cette fête religieuse. C’est à l’aide d’objets que l’anthropologue a trouvé un sens dans cette tradition. Comment? En créant un environnement où s’étale sur la table, nourriture, pains matsot et vin casher. Voilà la meilleure manière de renouer avec son appartenance religieuse et sa famille.

Les objets symboliques. Photo de Jackie Feldman

Confort ou prison ?

Pour l’anthropologue, les objets n’ont pas une valeur fixe ; ils changent avec le temps et par l’interaction que l’on a avec eux.

Comment un objet prend-il de la valeur en passant d’un contexte à un autre ?

L’auteur prend l’exemple de la matza, le pain consommé pendant la fête religieuse de Pessa’h. Auparavant, l’usage que faisait Jackie de cet aliment était purement commerciale. Mais lors de la pandémie, celui lui a permis « d’établir une valeur affective symbolique qui va au-delà de la valeur de l’objet de consommation », explique-t-il.

Dans son article, l’auteur fait référence au monde matériel de son enfance. Fils de parents collectionneurs, il se sentait étouffé par une multitude d’objets. Dans son enfance, « la religiosité, les traditions, c’était pour moi autant d’étouffement que de confort ; ces jours-ci, l’espace n’est plus le même. Je me suis attaché à certains objets pour me sentir davantage chez moi et ne pas me sentir décalé avec le monde ».

Le même objet qui a pu nous emprisonner dans un autre contexte, peut nous libérer dans un autre, notamment par la situation exceptionnelles causée par la crise de la Covid-19.

Quoi qu’il en soit, l’anthropologie peut contribuer à nous éclairer sur les liens sociaux qui participent à notre vision du monde matériel et immatériel.

Une production journalistique réalisée par :

  • Olivier Esteve

    Je suis Français et âgé de 24 ans. Je dispose d’un baccalauréat et d’une maîtrise en Anthropologie. Grâce à cette formation, je peux m’appuyer sur des méthodes d’enquêtes qualitatives et j’aime mettre en perspective les enjeux culturels et politiques des sociétés contemporaines. Je m’intéresse aussi à l’art du documentaire et j’espère pouvoir progresser dans la façon de concevoir un reportage journalistique.


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