Les sourds et malentendants face au port du masque


Jeanne Choquette qui porte le masque chrirugical SafeNClear 3

En ces temps d’épidémie de coronavirus, le débat sur le port du masque obligatoire ou non est au centre de l’attention. S’il est rendu obligatoire, notamment dans les lieux publics comme les transports en commun ou les supermarchés dans de nombreux pays, le Québec ne l’exige pas encore mais le recommande fortement.

 

Le port du masque chirurgical ou bien artisanal pose un gros problème pour une partie de la population : les sourds et malentendants. Lorsque les sourds et malentendants ne parlent pas la Langue des Signes Québécoise (LSQ), leur seul moyen de communiquer avec les autres est la lecture labiale. Mais comment comprendre son interlocuteur quand celui-ci a la bouche couverte ? Comme le dit Camille Bilcot, étudiant sourd à l’Université de Montréal, dans son article au Soleil, « camoufler les bouches, c’est m’enlever les oreilles» C’est une perte de repère totale puisqu’en plus de la lecture labiale, les sourds, particulièrement, ont besoin des émotions du visage pour mieux comprendre.

 

Audition Québec, qui défend les droits des personnes avec perte auditive par l’autonomie et l’intégration sociale, a mené une enquête. 92% de leurs membres malentendants dépend de la lecture labiale. L’organisme met en place des outils pour les aider en milieu public en créant des macarons et des autocollants ayant écrit ‘Je lis sur les lèvres’. Le but est qu’ils puissent s’identifier auprès de leur interlocuteur, notamment auprès des commerçants qui sont dans l’obligation de porter un masque.

 

 

 

 

Pour Jeanne Choquette, présidente directrice générale d’Audition Québec, et elle-même malentendante, se présenter en tant que sourd ou malentendant permet de « casser la glace » et rendre les échanges plus cordiaux en cette période stressante.

Mais, s’identifier en tant que tel ne résout pas le problème du port du masque. La solution la plus instinctive serait de demander aux commerçants de le baisser. Selon Jeanne Choquette, ce n’est pas la solution idéale. D’une part, si le commerçant n’a pas de vitre plexiglass pour le protéger et qu’il n’est pas à deux mètres, les règles sanitaires ne sont pas respectées. Et même si ces critères étaient en place, les commerçants sont souvent plusieurs derrière le comptoir, donc baisser le masque constituerait un risque pour leurs collègues de travail.

Pour la présidente d’Audition Québec, il y a une réelle nécessité de leur procurer, ainsi qu’aux soignants, des masques avec une ouverture au niveau de la bouche pour faciliter les échanges. Elle déplore le fait que ces masques ne soient pas confectionnés au Canada, mais aux États-Unis. En cette période de pandémie, les stocks se sont rapidement épuisés. Audition Québec est en pourparlers avec un regroupement de manufacturier textile spécialisé dans le matériel médical pour créer un prototype de masque avec ouverture qui puisse être vendu sur le territoire de manière homologuée et sécuritaire, contrairement aux masques artisanaux. Il a fallu une pandémie pour que le Ministère de la Santé s’y intéresse.

Pour attirer l’attention à la problématique des masques pour les sourds et les malentendants, le CIUSS de la Capitale-Nationale à Québec produit des guides pour commerçants et employeurs, ainsi que pour malentendants afin de les sensibiliser aux astuces et aux moyens de communiquer.

Difficile de devoir choisir entre la Langues des Signes Québécoise inconnue par la majorité des commerçants et le souci du port du masque pour tous. Voilà le problème. La pandémie a révélé au grand jour l’inadaptation des services publics à cette partie de la population québécoise.

 

 

Quelques initiatives…

L’institut Raymond-Dewar qui propose des cours de LSQ, a mis en place un service d’interprétation pour les sourds signeurs qui veulent se faire dépister ou prendre rendez-vous pour le faire. L’interprète traduit en lecture labiale ce que dit info santé.

Sur l’application Zoom, le Service d’Interprétation Visuelle et Tactile (SIVET) propose également une traduction en LSQ pour les personnes sourdes.

 

Une production journalistique réalisée par :

  • Maëlys Ponge

    Étudiante française à l’Université de Montréal en journalisme. Ce choix de cursus est depuis longtemps une envie, et l’obtention d’un diplôme en Langues Etrangères Appliquées anglais-italien et d’une maîtrise en études anglophones m'ont définitivement poussée à m’orienter vers le journalisme pour mettre à profit toutes mes connaissances acquises durant ces années, pendant lesquelles j’ai aussi pas mal voyagé. Venir à Montréal était pour moi une super occasion de découvrir encore autre chose.


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