L’application Stop Covid-19 : Prémisse d’un modèle de surveillance numérique

Décrire et comprendre les enjeux démocratiques de la mise en place de l'application française Stop Covid-19


L’application de traçage de contacts du gouvernement français sera prête le 2 juin annonce Cédric O, secrétaire d’État au numérique, soit trois semaines après le début du déconfinement en France.

En quoi consiste-t-elle ?

Cette application offrira aux utilisateurs une notification afin de savoir s’ils ont croisé dans les quinze derniers jours une personne testée positif au coronavirus. Elle invite ainsi les usagers à se faire tester, voire à s’isoler au cas où elles se situeraient à proximité d’un individu soupçonné d’être positif au COVID-19.

Le gouvernement se veut rassurant. Selon Cédric O, son téléchargement sera basé sur un strict volontariat : « Chacun pourra refuser ces outils pour des raisons philosophiques » en ajoutant cependant que cela reviendrait à « accepter un risque significatif de malades et de morts supplémentaires ».

Elle devrait être présentée au parlement, où elle fera l’objet d’un vote. Elle sera ensuite soumise à l’étude par l’organisme de la CNIL (commission nationale de l’informatique et des libertés). À cet effet, plusieurs inquiétudes émergent sur la protection de la vie privée et le respect des libertés publiques.

Les menaces potentielles

À l’initiative du collectif Écran total, une tribune a été publiée sur le blog de Médiapart et la revue terrestre parmi lesquels des chercheurs et des journalistes dénoncent les dangers démocratiques de la mise en place d’une telle proposition. Ils appellent à un « boycott massif et explicite » de cette application de traçage Stop Covid-19.

D’une part, la mise en place de cette application engendrerait une radicalisation de notre dépendance à l’informatique. D’autre part, elle ferait oublier d’autres problématiques plus importantes : comme le manque de masques, de soignants, de lits d’hôpitaux et de tests. La détection électronique de la transmission du virus ne peut pas être la solution miracle de son endiguement.

Des dangers à long terme sont dénoncés dans la tribune. Peut-on tolérer la mise en place d’un instrument de contrôle de la population ? Les conséquences à long termes sont inquiétantes, notamment par la réduction du travail relationnel ou la suppression massive de postes au profit de plateformes numériques. Et que dire des aînés ? Toute cette population ne dispose pas d’un smartphone et il peut s’avérer difficile pour elle d’en utiliser ou d’en acheter un.

Sur le chemin de la Chine

La Chine est connue comme étant le pays qui effectue le plus de contrôles numériques sur sa population. Ainsi, en 2013, l’année de l’investiture de Xi Jimping, la Chine comptait 100 millions de caméras. Or, en 2020, elle en compte dorénavant 600 millions!

Le pays compte étendre son contrôle à travers différentes opérations. D’une part, le lancement d’un projet de notation sociale dans certaines régions visant à classer les citoyens. D’autre part, la mise en place d’une restriction de l’accès à internet ainsi que l’établissement d’une campagne de collecte de données pour mieux retracer les déplacements des citoyens. Tous ces facteurs sont inquiétants et il est légitime de s’interroger sur les similitudes de l’application française avec cette logique de surveillance.

Au nom de la lutte contre le terrorisme et l’éradication d’une pandémie , l’Europe et la Chine se sont lancés dans une inquiétante course aux technologies de surveillance. Cette obsession sécuritaire vient contredire certaines de nos libertés les plus fondamentales comme le respect de la vie privée et l’importance de nos libertés publiques.

Quel niveau de surveillance nos libertés individuelles pourront-elles endurer ?

Une production journalistique réalisée par :

  • Olivier Esteve

    Je suis Français et âgé de 24 ans. Je dispose d’un baccalauréat et d’une maîtrise en Anthropologie. Grâce à cette formation, je peux m’appuyer sur des méthodes d’enquêtes qualitatives et j’aime mettre en perspective les enjeux culturels et politiques des sociétés contemporaines. Je m’intéresse aussi à l’art du documentaire et j’espère pouvoir progresser dans la façon de concevoir un reportage journalistique.


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