Qui se cache derrière l’arc-en-ciel ?


 

Depuis le début de la pandémie, vous l’avez forcément vu. Un arc-en-ciel, souvent dessiné par des enfants, accroché aux fenêtres des québécois avec le slogan “ça va bien aller”. Mais alors, qui est à l’origine de ce message ? Qui en a pris l’initiative? S’agit-il plus qu’un simple dessin ?
Celle qui en est à l’origine, c’est Gabriella Cucinelli, italienne établie au Québec depuis huit ans. Elle nous parle de son initiative.

 

Comment vous est venue l’idée de créer le slogan “ça va bien aller” avec cet arc-en-ciel ?

Quand je regardais des nouvelles de l’Italie, les nouvelles n’étaient pas bonnes, ça allait vite dans ma tête et ça faisait quelques jours que je voyais sur les journaux et les réseaux sociaux qu’il y avait ce petit arc-en-ciel avec une phrase en italien “andra tutto bene”.  Quand j’ai vu ces mots-là, c’était ce dont j’avais besoin pour prendre du recul face à ce déboulement d’émotions négatives. J’étais très inquiète pour ma famille en Italie et ça s’en venait ici aussi. C’était comme pour dire, ça s’en vient ici mais lâchez pas, il ne faut pas perdre le contrôle. Plutôt que de dire “tout ira bien”, c’était plus spontané de dire “ça va bien aller”.

 

 Quel message vouliez-vous communiquer avec cette création ?

Au début, il était perçu comme une légèreté, avoir de la pensée magique ou manifester du déni. Mais, ce message est né parce que je vivais des émotions négatives, ça n’allait pas bien. Cette Covid a ouvert un vaste pandore surtout pour les personnes plus vulnérables. Je comprends que ce n’est pas facile de dire “ça va bien aller” à des gens qui ont vécu une situation inhumaine, mais il ne faut pas se laisser aller au désespoir. Je comprends que des gens se soient sentis désabusés par le message. Mais, quand ça va bien, on n’a pas besoin de dire que ça va bien aller, c’est quand ça va mal qu’on a besoin de mots pour ne pas se laisser aller au désespoir. Quand les nouvelles ne sont pas bonnes, c’est à ce moment-là qu’il faut trouver un message qui peut nous inviter à quelque chose de positif. C’est un message de solidarité, humanitaire. C’est pour l’humain, c’est pour les émotions qu’on vit. Ce n’est pas pour le succès, le commerce ou le gadget. C’était aussi un message de soutien de mes enfants à leurs cousins en Italie. Pour leur dire qu’on sympathise avec eux et qu’on est fiers d’eux parce que ce n’est pas facile.

 

Vous attendiez-vous à ce qu’une grande partie des québécois affiche cet arc-en-ciel à leurs fenêtres ?

Non, pas du tout. J’ai partagé ce post dans un groupe d’éducatrices, de mamans, de personnel qui travaille en petite enfance et c’est devenu viral en quelques jours. C’était la folie, littéralement.  C’est devenu très populaire soit comme activité, soit comme message et très utilisé sur les réseaux sociaux comme le #cavabienaller. Ça a été amplement accueilli par la population. J’ai rien inventé de nouveau, j’ai juste pris un bout d’arc-en-ciel et je l’ai fait traverser l’Atlantique. Je voulais amener ça au Québec, aux québécois. Il n’y avait pas de calcul derrière ça. Ce message serait arrivé autrement plus tard. Je ne m’attendais pas à ça.

 

Pourquoi avez-vous décidé de déposer cette marque ?

J’ai fait le premier post le 14 ou le 12 mars, donc j’ai déposé la marque le 31 mars. Je suis la seule propriétaire de la marque, ce n’est plus une propriété collective. Quand j’ai vu que des gens étaient disposés à payer pour “ça va bien aller”, qu’il y avait des entreprises qui exploitaient commercialement quelque chose qui était né pour être un message humanitaire, je me suis sentie comme responsable. Je me suis dit que j’étais la personne qui pouvait mettre une balise, qui pouvait dire le dernier mot, et j’aimerais que ce message continue d’être utilisé parce que ça a été créé du fond du cœur. Je me suis dit que s’il y avait de l’argent avec ça, j’aimerais qu’il soit investi dans la société, pour les gens qui en ont le plus besoin en ce moment. Ce que je vise, ce sont des fins commerciales, que ce soit des ventes, des publicités. Des compagnies ont fait une belle bannière colorée avec un beau message mais tout le monde aime ça, voir de la couleur, de beaux messages rassurants, mais c’est mieux de faire un don pour que l’espoir soit redistribué encore une fois dans la population. Je devais poser un geste fort.

 

Pourriez-vous m’en dire plus sur votre initiative avec l’organisme alimentaire “La cantine pour tous” ?

C’est un réseau d’organisme au Québec qui fournit des repas à faible coût aux enfants et aux aînés. Les dons sont à 100% investis dans la préparation de ces repas. Moi je ne perçois rien et “La cantine pour tous” non plus. Je voulais que ça reste un message pour les autres. Beaucoup de personnes m’ont écrit pour me dire qu’elles avaient déjà leur organisme pour faire des dons, et d’autres qui me disaient qu’elles cherchaient une cause pour des dons. Elles ont décidé de donner à “La cantine pour tous”. L’important c’est de donner à quelqu’un. Ça a été une cascade de générosité.

 

Combien de dons avez-vous récoltés ?

Je ne saurais pas vous le dire. Mais, il y a des promesses de dons qui vont arriver. Il y a aussi des dons qui vont rentrer toute l’année parce que des compagnies ont signé des contrats sur la vente, un pourcentage va être reversé sur le prix de vente. “La cantine pour tous” va donner un chiffre, mais je ne saurai jamais combien d’argent a réellement été investi en dons. Partout au Québec, des gens m’ont contacté pour me dire qu’ils avaient reversé pour d’autres causes. Je pourrai savoir combien de dons “La cantine pour tous” a reçu et faire le compte des personnes qui ont pu être aidées depuis le 7 avril. Je veux que les gens sachent à quoi l’argent sert.

 

« Continuez de l’utiliser, continuez de donner, c’est ce qui m’intéresse le plus »

Une production journalistique réalisée par :

  • Maëlys Ponge

    Étudiante française à l’Université de Montréal en journalisme. Ce choix de cursus est depuis longtemps une envie, et l’obtention d’un diplôme en Langues Etrangères Appliquées anglais-italien et d’une maîtrise en études anglophones m'ont définitivement poussée à m’orienter vers le journalisme pour mettre à profit toutes mes connaissances acquises durant ces années, pendant lesquelles j’ai aussi pas mal voyagé. Venir à Montréal était pour moi une super occasion de découvrir encore autre chose.


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