Vague de contestations dans les prisons italiennes


Des prisonniers réclamant leur liberté à la prison San Vittore à Milan Source : Flavio Lo Scalzo / REUTERS

Dans la nuit du 8 au 9 mars dernier, des protestations et des actes de violence ont éclaté dans quelques prisons italiennes.  Ces évènements ont provoqué des évasions et la mort de dix détenus. Des gardiens ont aussi été agressés. Cette violence est survenue après l’annonce de mesures de confinement contre le coronavirus dans le pays.

Cette annonce est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Le sentiment d’abandon et de mise à l’écart dû au manque d’informations de la part du gouvernement s’accroît durant cette crise sanitaire liée à la pandémie de la covid-19. Durant les premières semaines de l’apparition du coronavirus en Italie, l’angoisse chez les prisonniers, les gardiens et les familles était palpable. Comment se protéger du virus quand la distanciation sociale recommandée est impossible à mettre en place à cause d’une surpopulation carcérale ? 61 000 détenus pour 48 000 places à travers le pays, voici la réalité frappante des prisons en Italie. Comment éviter la transmission du virus lorsqu’aucun matériel sanitaire comme les masques n’est disponible ? Comment ne pas être inquiet quand le gouvernement tarde à trouver des solutions ?

Les mesures de libération temporaire de 10 000 détenus à partir du mois de mars, à travers le pays ne sont pas suffisantes. Même si cette solution permet d’endiguer légèrement le problème de la surpopulation carcérale, tous les prisonniers n’ont pas un endroit où loger ou une famille pour les accueillir durant cette période. 35% des détenus en Italie sont des immigrés arrivés seuls sur le territoire.

Selon l’aumônier Don Vincenzo Russo de la prison de Solliciano à Florence, les  autorités compétentes ont fait preuve de lenteur et de mauvaise organisation, et doivent aller plus loin dans les mesures de protection des prisonniers. Les détenus en attente d’un jugement devraient être relâchés. Ils représentent 40% de la population carcérale. Et les peines de moins de deux ou trois ans pourraient être purgées à l’extérieur. Aujourd’hui, seuls les détenus dont la peine restante est de moins 18 mois sont concernés par cette libération anticipée.

Les prisons n’ont souvent  pas d’autre choix que de trouver des solutions par elles-mêmes pour lutter contre la Covid-19. C’est le cas dans les prisons de Brescia en Lombardie, dans le Nord du pays. Luisa Ravagnani, ombudsman dans les deux prisons de la ville, a dû se tourner vers les usines de la région pour qu’elles fassent dons de masques aux prisons, et doit également se démener pour trouver des endroits où placer les détenus en quarantaine en cas de suspicion ou de cas avérés de coronavirus. Les prisons de Brescia font partie des 40 en Italie qui n’ont pas d’endroit où isoler leurs détenus dont l’isolement et la quarantaine se passent à l’intérieur de la prison en cas de contamination. Sur les 37 cas de coronavirus détectés parmi les détenus à la mi-avril, pas un ne se trouve à Brescia. Mais selon Luisa Ravagnani, si le virus venait à s’infiltrer dans les prisons, il agirait comme ‘une sorte de bombe’, ce qui serait une catastrophe sanitaire dans les établissements pénitentiaires. Les tests effectués sur le personnel et sur les détenus ayant des symptômes ou étant en transfert permettent de rester vigilants sur la diffusion potentielle du virus au sein des centres pénitentiaires.

En plus de l’inquiétude face à cette crise sanitaire, l’éloignement avec la famille est une préoccupation supplémentaire. Les prisons ont su s’adapter. L’interdiction des visites a été palliée par des appels plus fréquents aux proches. Les détenus peuvent désormais appeler les membres de leur famille via Skype ou WhatsApp six fois par mois pendant une heure et ont le droit à un appel de dix minutes tous les jours.  De cette façon, ils peuvent voir leur famille ainsi que leur domicile. Si les familles sont inquiètes pour les personnes détenues, le contraire est aussi vrai. En effet, les détenus sont nourris et logés, plus ou moins bien certes, mais leurs familles sont en proie à des difficultés financières dues à la crise sanitaire. Don Vincenzo Russo fait partie d’un organisme qui collecte des biens de première nécessité et les redistribue aux familles de prisonniers dans le besoin. La solidarité s’organise entre l’intérieur et l’extérieur des prisons italiennes.

L’Italie est un des pays les plus touchés par l’épidémie de coronavirus avec près de 32 000 décès à ce jour, dont 15 600 en Lombardie.

 

Certains pays, pourtant dirigés de façon autoritaire et intraitables face aux prisonniers, comme l’Iran et la Turquie ont aussi pris des mesures importantes pour éviter la propagation du virus au sein de leurs prisons.

En Iran, 100 000 prisonniers ont reçu l’autorisation de sortir de prison jusqu’au 20 mai, soit environ 40% de la population carcérale du pays, mais moyennant une amende élevée qui ne permet pas à tous les prisonniers d’en profiter. En mars, des émeutes ont eu lieu dans les prisons de Sepidar et Sheiban dans la ville d’Ahvaz (est du pays) ou encore dans la prison de Parsilon à Khorramābād (nord-est du pays).  Le manque de produits d’hygiène comme le savon, que les détenus doivent se procurer par eux-mêmes, et l’impossibilité de mettre en place la distanciation sociale avec parfois 20 prisonniers dans la même cellule en sont la cause. Ces émeutes ont engendré des évasions dans au moins dix prisons à travers le pays.

En Turquie, 90 000 détenus comme les personnes âgées en mauvaise santé ou les femmes enceintes ont reçu l’autorisation de sortir de prison grâce à une nouvelle loi sur la libération des détenus adoptée le 13 avril dernier par le Parlement turc. La population a manifesté contre le fait qu’aucun opposant politique n’ait pu en bénéficier. 

Une production journalistique réalisée par :

  • Maëlys Ponge

    Étudiante française à l’Université de Montréal en journalisme. Ce choix de cursus est depuis longtemps une envie, et l’obtention d’un diplôme en Langues Etrangères Appliquées anglais-italien et d’une maîtrise en études anglophones m'ont définitivement poussée à m’orienter vers le journalisme pour mettre à profit toutes mes connaissances acquises durant ces années, pendant lesquelles j’ai aussi pas mal voyagé. Venir à Montréal était pour moi une super occasion de découvrir encore autre chose.


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