Coronavirus: Le quotidien inchangé des travailleurs en agroforêt

Les effets du coronavirus diffèrent selon notre position géographique et nos occupations. La vie en agroforêt semble être faiblement perturbée par les mesures de confinement et de distanciation sociale.


Photo: courtoisie Syntropical

« On continuait de travailler à tous les jours, rien n’a vraiment arrêté: les plantes ont continué de pousser et nous n’avons pas arrêté de nous en occuper », relate Laurence Bernier, qui a vécu dans une agroforêt brésilienne durant deux mois. 

Par Léa Beaulieu 

Laurence Bernier est déjà nostalgique, quelques heures après avoir quitté l’agroforêt où elle a travaillé et habité pendant deux mois. Quatre vols et deux jours dans les aéroports l’attendent afin de pouvoir rentrer au Québec, qu’elle a quitté pour le Brésil en décembre dernier. Le choix de son retour a été motivé par son engagement envers une ferme gaspésienne et la suspension prochaine de tous les vols entre les États-Unis et le Canada. Sans cela, Laurence serait restée à Syntropical, une agroforêt à Chapadão do Céu, une ville située dans la région Centre-Ouest du Brésil.

Laurence Bernier a travaillé et habité deux mois à la ferme agroforestière Syntropical. Photo: courtoisie Laurence Bernier

Un monde ininterrompu par la crise de santé publique 

Le coronavirus a bouleversé le monde et on a pu observer dans plusieurs pays des réactions allant de la fermeture de frontières aux achats démesurés de nourriture, en passant par le confinement des citoyens, nous rappelant notre vulnérabilité et notre dépendance à l’industrie agro-alimentaire internationale.

À la ferme forestière Syntropical, les impacts de la pandémie se faisaient peu ressentir, rapporte Laurence. Le changement le plus important était la suspension des visites d’amis et de l’arrivée de nouveaux volontaires. « On continuait de travailler à tous les jours, rien n’a vraiment arrêté: les plantes ont continué de pousser et nous n’avons pas arrêté de nous en occuper », relate la Québécoise.

Production à l’agroforêt Syntropical, où Laurence Bernier a demeuré et travaillé durant deux mois. Photo: courtoisie Syntropical

Les travailleurs agricoles ne se rendaient en ville que pour leurs besoins essentiels, qui se résumaient selon Laurence à l’achat de riz, de légumineuses et d’huile. Avec un peu de créativité, ils arrivaient à se nourrir à partir des produits variés de la forêt. 

La passionnée se dit chanceuse d’avoir pu y acquérir des savoirs lui permettant de se nourrir et survivre « d’une manière plus indépendante du système de consommation et des supermarchés, qui sont moins bien approvisionnés qu’à l’habitude en ces temps de pandémie. Cette façon de produire prend encore plus de sens ».

Déjà isolés et loin de la ville, la distanciation sociale était facile à appliquer, poursuit Laurence. En plus de la nourriture, leur mode de vie leur procurait des projets, des tâches et de quoi s’occuper à tous les jours. « Et travailler en agroforesterie nous procure une excellente forme physique, fait-elle valoir. Quoi de mieux dans cette période de pandémie que d’avoir moins de raison de faire la file à l’épicerie et d’être en meilleure forme pour lutter contre le virus si on devait l’attraper? »

À l’heure actuelle, Ciro Abbud Righi, docteur et professeur en sciences forestières à l’École supérieure d’agriculture Luiz de Queiroz de l’Université de São Paulo déplore qu’il n’est pas simple pour les agriculteurs brésiliens de tourner le dos à la monoculture. M. Righi explique que d’énormes entreprises et de nombreuses recherches soutiennent ce mode de production. Selon le professeur, la majeure partie du marché agroalimentaire est dominé par des sociétés multinationales et la pression internationale est forte pour des produits à bas prix.  Le Brésil se retrouve alors avec peu de marge de manœuvre et d’options.  

Photo: courtoisie Syntropical

Un mode de production « complexe »

L’Association d’Agroforesterie tempérée définit sur son site web l’agroforesterie comme un « système de gestion intensive des terres qui optimise les avantages des interactions biologiques créées lorsque des arbres et des arbustes sont délibérément combinés avec des cultures ou du bétail ». Cela a pour avantages d’accroître la rentabilité et la diversité de la production, en plus de créer un habitat faunique, assurer un meilleur contrôle de l’érosion des sols et participer à la captation du dioxyde de carbone (CO2), un composant des gaz à effet de serre.

Et pandémie ou pas, pour moi c’est un mode de vie qui ne peut pas vraiment être mieux, pour l’environnement ou nous-même.

― Laurence Bernier

Photo: courtoisie Syntropical

Selon M. Righi, les systèmes agroforestiers (SAF) incluent un vaste ensemble de systèmes agricoles complets et complexes. Les SAF permettent de récolter plus efficacement l’énergie solaire que les monocultures et qu’elles sont moins dépendants du pétrole et demandent plus de main d’oeuvre et ont ainsi le potentiel de créer davantage d’emplois que la monoculture, indique le professeur. 

Il conclut alors que les SAF sont plus adaptés à une période de crise énergétique prévisible, en faisant référence à la raréfaction des ressources d’énergie non-renouvelables. L’agroforesterie produit aussi un ensemble de produits variés, ce qui permet aux producteurs « d’éviter les fluctuations du marché et les graves pertes économiques  » telles que vues en contexte de crise de la santé publique, soutient M. Righi. En revanche, la monoculture, plus facile, a aussi l’avantage de produire beaucoup d’un seul produit grâce à des protocoles standardisés pouvant être appliqués dans plusieurs conditions environnementales, nomme-t-il.

« Aussi, qui dit agroforesterie dit apprentissages, au contact de nouvelles plantes, de nouvelles techniques d’agriculture et d’alternatives en lien avec le respect de la nature, souligne Laurence Bernier. C’est une passion pour moi, de travailler les mains dans la terre, afin que le produit de mes efforts soit dans mon assiette, ma tasse de thé ou même mon café!  »

Une production journalistique réalisée par :

  • Léa Beaulieu

    Étudiante en journalisme à l'UdeM et travailleuse sociale, je m'intéresse particulièrement aux problématiques et inégalités sociales. Je suis motivée par la possibilité d'exposer des réalités humaines en alliant rigueur et empathie.


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